« Je pense que pour sortir de cette crise politique actuelle il faudrait que les hommes et femmes politique arrêtent d’ethniciser le débat politique et qu’ils défendent leur programme politique» dixit Dr Aboubacar Traoré un diaspo Guinéen.
C’est au cours d’une interview accordée
à notre rédaction que le jeune cadre guinéen Dr Aboubacar Traoré docteur de
formation et écrivain nous a parlé de son parcours européen, sa motivation à
publier une série de romans, son ambition pour la Guinée, son appréciation sur
la situation sociopolitique actuelle du pays. Nous vous livrons ici
l’intégralité de l’interview :
L’Indexeur : Bonjour Dr Aboubacar
Traoré, Présentez-vous à nos lecteurs ?
Dr Aboubacar Traoré : Je
suis Dr Aboubacar Traoré, né le Lundi 22
Avril 1974 à Kindia ; Diplômé de la
faculté de médecine pharmacie odontostomatologie de l’Université Gamal Abdel
Nasser de Conakry, je suis diplômé d’une maitrise des sciences biologiques et
médicales, d’un diplôme d’état d’infirmier, d’un diplôme d’université méthodes
et pratiques en épidémiologie, d’un diplôme d’université de santé publique
dentaire, d’un master 2eme année professionnel de santé publique international
à l’université Victor Segalen Bordeaux ; et aussi diplômé d’un master 2eme
année recherche épidémiologie clinique à l’université Paul Sabatier de Toulouse
III. Ancien vice président de la 37eme
promotion de médecine et 6eme promotion d’odontostomatologie, et ancien membre
du CESSPHAM (Cercle Scientifique Stomato-Pharmacie-Médecine). En France, j'ai
été vice président des étudiants Guinéens de Bordeaux de 2004 à 2006. J'ai
évolué en tant que joueur amateur avec le stade Bordelais (niveau CFA2), du
shirting club de la Basidienne à Bordeaux de 2003 à 2006 puis de 2007a 2010
avec les cadors olympiques. Père d'un enfant, Naturalisé Français en
2013, je suis membre du parti socialiste et membre de l’international socialisme.
Je vis et travaille actuellement à Toulouse
Depuis quelle année, vous êtes en Europe
et quel est votre parcours européen ?
Je
suis arrivé en France le 18 Aout 2003, et depuis, j’ai vécu dans plusieurs
villes dont entre autres Paris, Limoges, Lyon, Valence, puis je me suis
installé à Bordeaux où j’ai obtenu à l’université Victor Segalen Bordeaux
successivement, une maitrise des sciences biologiques et médicales, un diplôme
d’état d’infirmier, un diplôme d’université méthodes et pratique en
épidémiologie, un diplôme d’université de santé publique dentaire, un master
2eme année professionnel de santé publique international ; comme j’avais toujours
le virus associatif dans mon corps, j’ai été élu secrétaire général des
étudiants Guinéens de Bordeaux, où je m’occupais du processus d’intégration de
nos compatriotes arrivant pour la première fois en France et qui étaient un peu
perdus au niveau administratif. On les accompagnait pour l’obtention des
logements avec le CROUSS (centre régional des œuvres universitaire et scolaire)
et du titre de séjour étudiant à la préfecture ; on les intégrait
également dans la communauté Guinéenne, pour éviter le dépaysement, par
l’organisation des journées de découverte guinéenne, des festivités sportives
et les soirées dansantes où la communauté se retrouvait ;
C’est
à Bordeaux que j’ai fait la connaissance de mon ex épouse Anne, qui travaillait
sur Toulouse et que j’ai rejoint quelques mois après, nous nous sommes mariés
et avons eu un enfant, Gaël. Depuis 2005, je réside et travaille dans
l’agglomération Toulousaine ; en 2009, j’ai validé un master 2eme année
recherche épidémiologie clinique à l’université Paul Sabatier de Toulouse III.
Parallèlement
à mes études, je travaillais comme I.D.E dans les établissements publics et
privé du secteur medico-sanitaire, à Bordeaux puis sur Toulouse. Je travaille
actuellement à la clinique des cèdres prés de Toulouse.
Qu’est ce que vous-a motivé à publier
une série de romans ?
Les
études de médecine et le sport m’ont emmené mais j’avais cette envie folle
d’être écrivain et pilote depuis très jeune. Ecrire, c’est une liberté, on
arrête les heures mais on n’arrête pas le temps. Aujourd’hui la vie impose une
rythmique très sévère ; je n’arrive pas à suivre. Et puis, le décès de ma
grand-mère, Hadja Tougné Doumbouya que j’aimais énormément et toutes ces
personnes autour de moi, de ma famille proche qui ont disparu, et je me suis
demandé comment rendre vivant le silence, le vide. Ecrire ces livres m’a permis
de me dévoiler un peu, de partager une idée, mes expériences, une vie, une
histoire, car nous sommes tous différents, chacun de nous est unique. C’est
parce que je suis différent de l’autre que je m’enrichis ; si nous étions
tous pareils, que pourrait-on bien s’ »apporter ?
Mon
premier livre sur le rêve européen depuis ma guinée natale, s’intéresse dans un
premier temps aux motifs de départ vers l’occident de nos compatriotes Guinéens
et dans un second temps aux différentes stratégies individuelles d’intégration
de certains immigrants ouest-africains en France. Je me suis inspiré
originellement de l’histoire de trois jeunes immigrants africains en France qui
aujourd’hui en dix ans sont loin d’avoir parcouru la même trajectoire dans la
société française ; en outre, ils ont désormais des perceptions très
différentes de la France et de sa population.
Quant
à mon deuxième livre sur le parcours d’un citoyen Français, c’est un récit qui
au-delà de sa nature autobiographique évoque mon enfance en Guinée, ma
scolarité, les péripéties d’obtention du visa étudiant pour la France. Dans ce
livre également, j’aborde ma fascination pour l’hexagone, de mon départ depuis
la Guinée jusqu'à mon accès à la nationalité Française. Vivre ici quand on est
né ailleurs, épouser la nationalité française quand on est issu d’un autre
pays, c’est un peu comme aimer deux êtres à la fois. Comment s’imprègne-t-on
peu à peu d’un pays, comment se défait-on insensiblement de sa nationalité
d’antan pour en épouser une autre, à quel moment la bascule s’opère, quelle
relation énigmatique garde-t-on avec son lieu de naissance, par quelle subtile
alchimie nous sentons nous appartenir à un pays à moins que cela soit lui qui
nous appartienne dés lors que nous décidons d’en prendre possession ? La
quintessence de ce livre étant de détailler tout le parcours d’intégration en
France.
Mon
troisième livre Gaoual ma ville d’origine, rend dans un premier temps, un
vibrant hommage à ma grand mère paternelle Hadja Tougné Doumbouya, qui m’a
élevé comme ses propres enfants, et que je considérais comme ma maman et dans
un second temps retrace mon tendre enfance et mon amour pour cette ville de
Gaoual qui m’a vu grandir et qui a vu naitre toute ma famille, de ma formation
à l’école coranique, de la pratique footballistique, des travaux champêtres, de
ses différents fleuves, bref une immersion totale dans la vie d’un Gaoulois à
ne pas confondre à un Gaulois. Même moderne.
Ma
quatrième publication sur les difficultés liées à la pratique médicale en
Guinée, se -+propose de dresser un diagnostic de ce mal qui ronge le secteur
public de la santé, car nul besoin d’être un spécialiste pour identifier les
nombreuses insuffisances et failles qui caractérisent le système sanitaire
Guinéen et qui justifieraient sa reforme : allocation inefficiente des
ressources, graves atteintes à l’équité traduite par l’inégalité des chances
des citoyens face à la maladie, qualité déficiente des prestations servies par
un personnel démotivé, mal formé et mal encadré, infrastructures publiques
dégradées et nombreuses dérives des secteurs public et privé, liées à
l’affaissement des convictions morales et éthiques, bases de ce sacerdoce
qu’est l’exercice de la médecine et auxquelles s’est substitué l’appât du gain
rapide et facile, face à un vide juridique qui favorise le laxisme, la
confusion et la concussion qui minent le secteur. Je me suis penché sur le
fonctionnement du système de santé de notre pays pour mieux cerner l’ampleur du
mal et j’ai débouché sur une série de propositions sérieuses, fondées et
argumentées visant à améliorer la prise en charge sanitaire de nos concitoyens.
Franchement, c’est un ouvrage qui ouvre les yeux sur l’extrême gravité de la
situation tout en se refusant à la fatalité et ne laissera personne insensible.
Avez-vous l’idée de revenir en Guinée
pour servir un jour ?
Bien
sûr que je suis à la disposition de ma patrie de naissance pour mettre à son
service mes compétences. C’est un honneur pour tout citoyen, je pense, de se rendre
utile à sa nation. J’aime la Guinée, parce que c’est mon pays de naissance, ce
n’est pas parce que je suis français que je vais effacer mon passé, la Guinée
fait partie de moi-même, de mon identité, de ma personnalité. Je continuerai à
aider ce pays, tout ce qui sera dans mes moyens, je le ferai sans regarder qui
me le demande
Avez-vous un projet pour la Guinée, si
oui, lequel ?
Les
projets j’en ai plein, actuellement je suis en négociation avec un certain
nombre d’operateurs, pour la création d’un centre médico-chirurgical et
dentaire en Guinée, d’un dispensaire dans la préfecture de Gaoual et la
rénovation de certaines infrastructures sanitaires et scolaires.
Dans
la même perspective, j’ai créé une association dont je préside actuellement.
Son nom et les différents projets que nous visons en ce moment seront dévoilés
très prochainement. C’est une association qui œuvre dans le domaine sanitaire
et éducatif.
Des
projets j’en ai plusieurs, mais les mettre en place, et surtout trouver le
financement et le transport des matériels jusqu’en Guinée sont les volets les
plus difficiles. C’est pour cette raison que nous cherchons actuellement à
contacter des grosses structures ou associations qui travaillent déjà sur place
pour coordonner nos activités et de par leur aide les solliciter pour le
transport de nos colis.
Quelle est votre appréciation sur la
situation sociopolitique actuelle de la Guinée ?
J’ose
espérer que les différents partis politiques vont s’entendre pour arriver à
organiser des élections libres et transparentes et éviter de paralyser le pays,
car la population souffre énormément. Plus que jamais, je suis convaincu de la
nécessité de ménager toutes les parties, de permettre à chacun une sortie
honorable et d’offrir à chacun des garanties quant à sa présence future sur la
scène politique quels que soient les résultats des prochaines élections. Nous
rêvons tous d’une Guinée unie et nouvelle, il suffit d’un sursaut patriotique
des guinéennes et guinéens. Je pense que pour sortir de cette crise politique
actuelle il faudrait :
-
Intensifier les pourparlers enclenchés depuis
quelques jours par le chef de l’état et les différents secteurs du pays.
-
Elargir les pourparlers aux autres forces
vives du pays pour ainsi convoquer les Etats généraux de la nation
-
Renforcer les pouvoirs de la CENI,
-
Que les hommes et femmes politiques arrêtent
d’ethniciser le débat politique Et qu’ils défendent leur programme politique.
Votre dernier mot?
Je
tiens à vous remercier de votre professionnalisme, et ose espérer que cette
année électorale 2015 en Guinée se déroulera sans violence, et que les hommes
et femmes politiques, sauront mettre en avant l’intérêt de la nation au lieu de
leur ambition personnelle, car ce peuple a beaucoup souffert. Qu’on soit peulh,
malinké, soussou, Guerzé, kissi ou Landouma, nous avons un soubassement commun
qui est la ‘’Guinée’’, aimons-là et rendons-là heureuse.
Propos recueillis par Alseny Camara

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