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mardi 9 juin 2015

L’index Interview


« Je pense que pour sortir de cette crise politique actuelle il faudrait que les hommes et femmes politique arrêtent d’ethniciser le débat politique et qu’ils défendent leur programme politique» dixit Dr Aboubacar Traoré un diaspo Guinéen.

C’est au cours d’une interview accordée à notre rédaction que le jeune cadre guinéen Dr Aboubacar Traoré docteur de formation et écrivain nous a parlé de son parcours européen, sa motivation à publier une série de romans, son ambition pour la Guinée, son appréciation sur la situation sociopolitique actuelle du pays. Nous vous livrons ici l’intégralité de l’interview :

L’Indexeur : Bonjour Dr Aboubacar Traoré, Présentez-vous à nos lecteurs ?

Dr Aboubacar Traoré : Je suis Dr  Aboubacar Traoré, né le Lundi 22 Avril 1974 à Kindia ;  Diplômé de la faculté de médecine pharmacie odontostomatologie de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, je suis diplômé d’une maitrise des sciences biologiques et médicales, d’un diplôme d’état d’infirmier, d’un diplôme d’université méthodes et pratiques en épidémiologie, d’un diplôme d’université de santé publique dentaire, d’un master 2eme année professionnel de santé publique international à l’université Victor Segalen Bordeaux ; et aussi diplômé d’un master 2eme année recherche épidémiologie clinique à l’université Paul Sabatier de Toulouse III. Ancien  vice président de la 37eme promotion de médecine et 6eme promotion d’odontostomatologie, et ancien membre du CESSPHAM (Cercle Scientifique Stomato-Pharmacie-Médecine). En France, j'ai été vice président des étudiants Guinéens de Bordeaux de 2004 à 2006. J'ai évolué en tant que joueur amateur avec le stade Bordelais (niveau CFA2), du shirting club de la Basidienne à Bordeaux de 2003 à 2006 puis de 2007a 2010 avec les cadors olympiques. Père d'un enfant,  Naturalisé Français en 2013, je suis membre du parti socialiste et membre de l’international socialisme. Je vis et travaille actuellement à Toulouse

Depuis quelle année, vous êtes en Europe et quel est votre parcours européen ?

Je suis arrivé en France le 18 Aout 2003, et depuis, j’ai vécu dans plusieurs villes dont entre autres Paris, Limoges, Lyon, Valence, puis je me suis installé à Bordeaux où j’ai obtenu à l’université Victor Segalen Bordeaux successivement, une maitrise des sciences biologiques et médicales, un diplôme d’état d’infirmier, un diplôme d’université méthodes et pratique en épidémiologie, un diplôme d’université de santé publique dentaire, un master 2eme année professionnel de santé publique international ; comme j’avais toujours le virus associatif dans mon corps, j’ai été élu secrétaire général des étudiants Guinéens de Bordeaux, où je m’occupais du processus d’intégration de nos compatriotes arrivant pour la première fois en France et qui étaient un peu perdus au niveau administratif. On les accompagnait pour l’obtention des logements avec le CROUSS (centre régional des œuvres universitaire et scolaire) et du titre de séjour étudiant à la préfecture ; on les intégrait également dans la communauté Guinéenne, pour éviter le dépaysement, par l’organisation des journées de découverte guinéenne, des festivités sportives et les soirées dansantes où la communauté se retrouvait ;

C’est à Bordeaux que j’ai fait la connaissance de mon ex épouse Anne, qui travaillait sur Toulouse et que j’ai rejoint quelques mois après, nous nous sommes mariés et avons eu un enfant, Gaël. Depuis 2005, je réside et travaille dans l’agglomération Toulousaine ; en 2009, j’ai validé un master 2eme année recherche épidémiologie clinique à l’université Paul Sabatier de Toulouse III.

Parallèlement à mes études, je travaillais comme I.D.E dans les établissements publics et privé du secteur medico-sanitaire, à Bordeaux puis sur Toulouse. Je travaille actuellement à la clinique des cèdres prés de Toulouse.

Qu’est ce que vous-a motivé à publier une série de romans ?

Les études de médecine et le sport m’ont emmené mais j’avais cette envie folle d’être écrivain et pilote depuis très jeune. Ecrire, c’est une liberté, on arrête les heures mais on n’arrête pas le temps. Aujourd’hui la vie impose une rythmique très sévère ; je n’arrive pas à suivre. Et puis, le décès de ma grand-mère, Hadja Tougné Doumbouya que j’aimais énormément et toutes ces personnes autour de moi, de ma famille proche qui ont disparu, et je me suis demandé comment rendre vivant le silence, le vide. Ecrire ces livres m’a permis de me dévoiler un peu, de partager une idée, mes expériences, une vie, une histoire, car nous sommes tous différents, chacun de nous est unique. C’est parce que je suis différent de l’autre que je m’enrichis ; si nous étions tous pareils, que pourrait-on bien s’ »apporter ?

Mon premier livre sur le rêve européen depuis ma guinée natale, s’intéresse dans un premier temps aux motifs de départ vers l’occident de nos compatriotes Guinéens et dans un second temps aux différentes stratégies individuelles d’intégration de certains immigrants ouest-africains en France. Je me suis inspiré originellement de l’histoire de trois jeunes immigrants africains en France qui aujourd’hui en dix ans sont loin d’avoir parcouru la même trajectoire dans la société française ; en outre, ils ont désormais des perceptions très différentes de la France et de sa population.

Quant à mon deuxième livre sur le parcours d’un citoyen Français, c’est un récit qui au-delà de sa nature autobiographique évoque mon enfance en Guinée, ma scolarité, les péripéties d’obtention du visa étudiant pour la France. Dans ce livre également, j’aborde ma fascination pour l’hexagone, de mon départ depuis la Guinée jusqu'à mon accès à la nationalité Française. Vivre ici quand on est né ailleurs, épouser la nationalité française quand on est issu d’un autre pays, c’est un peu comme aimer deux êtres à la fois. Comment s’imprègne-t-on peu à peu d’un pays, comment se défait-on insensiblement de sa nationalité d’antan pour en épouser une autre, à quel moment la bascule s’opère, quelle relation énigmatique garde-t-on avec son lieu de naissance, par quelle subtile alchimie nous sentons nous appartenir à un pays à moins que cela soit lui qui nous appartienne dés lors que nous décidons d’en prendre possession ? La quintessence de ce livre étant de détailler tout le parcours d’intégration en France.

Mon troisième livre Gaoual ma ville d’origine, rend dans un premier temps, un vibrant hommage à ma grand mère paternelle Hadja Tougné Doumbouya, qui m’a élevé comme ses propres enfants, et que je considérais comme ma maman et dans un second temps retrace mon tendre enfance et mon amour pour cette ville de Gaoual qui m’a vu grandir et qui a vu naitre toute ma famille, de ma formation à l’école coranique, de la pratique footballistique, des travaux champêtres, de ses différents fleuves, bref une immersion totale dans la vie d’un Gaoulois à ne pas confondre à un Gaulois. Même moderne.

Ma quatrième publication sur les difficultés liées à la pratique médicale en Guinée, se -+propose de dresser un diagnostic de ce mal qui ronge le secteur public de la santé, car nul besoin d’être un spécialiste pour identifier les nombreuses insuffisances et failles qui caractérisent le système sanitaire Guinéen et qui justifieraient sa reforme : allocation inefficiente des ressources, graves atteintes à l’équité traduite par l’inégalité des chances des citoyens face à la maladie, qualité déficiente des prestations servies par un personnel démotivé, mal formé et mal encadré, infrastructures publiques dégradées et nombreuses dérives des secteurs public et privé, liées à l’affaissement des convictions morales et éthiques, bases de ce sacerdoce qu’est l’exercice de la médecine et auxquelles s’est substitué l’appât du gain rapide et facile, face à un vide juridique qui favorise le laxisme, la confusion et la concussion qui minent le secteur. Je me suis penché sur le fonctionnement du système de santé de notre pays pour mieux cerner l’ampleur du mal et j’ai débouché sur une série de propositions sérieuses, fondées et argumentées visant à améliorer la prise en charge sanitaire de nos concitoyens. Franchement, c’est un ouvrage qui ouvre les yeux sur l’extrême gravité de la situation tout en se refusant à la fatalité et ne laissera personne insensible.

Avez-vous l’idée de revenir en Guinée pour servir un jour ?

Bien sûr que je suis à la disposition de ma patrie de naissance pour mettre à son service mes compétences. C’est un honneur pour tout citoyen, je pense, de se rendre utile à sa nation. J’aime la Guinée, parce que c’est mon pays de naissance, ce n’est pas parce que je suis français que je vais effacer mon passé, la Guinée fait partie de moi-même, de mon identité, de ma personnalité. Je continuerai à aider ce pays, tout ce qui sera dans mes moyens, je le ferai sans regarder qui me le demande

Avez-vous un projet pour la Guinée, si oui, lequel ?

Les projets j’en ai plein, actuellement je suis en négociation avec un certain nombre d’operateurs, pour la création d’un centre médico-chirurgical et dentaire en Guinée, d’un dispensaire dans la préfecture de Gaoual et la rénovation de certaines infrastructures sanitaires et scolaires.

Dans la même perspective, j’ai créé une association dont je préside actuellement. Son nom et les différents projets que nous visons en ce moment seront dévoilés très prochainement. C’est une association qui œuvre dans le domaine sanitaire et éducatif.

Des projets j’en ai plusieurs, mais les mettre en place, et surtout trouver le financement et le transport des matériels jusqu’en Guinée sont les volets les plus difficiles. C’est pour cette raison que nous cherchons actuellement à contacter des grosses structures ou associations qui travaillent déjà sur place pour coordonner nos activités et de par leur aide les solliciter pour le transport de nos colis.

Quelle est votre appréciation sur la situation sociopolitique actuelle de la Guinée ?

J’ose espérer que les différents partis politiques vont s’entendre pour arriver à organiser des élections libres et transparentes et éviter de paralyser le pays, car la population souffre énormément. Plus que jamais, je suis convaincu de la nécessité de ménager toutes les parties, de permettre à chacun une sortie honorable et d’offrir à chacun des garanties quant à sa présence future sur la scène politique quels que soient les résultats des prochaines élections. Nous rêvons tous d’une Guinée unie et nouvelle, il suffit d’un sursaut patriotique des guinéennes et guinéens. Je pense que pour sortir de cette crise politique actuelle il faudrait :

-          Intensifier les pourparlers enclenchés depuis quelques jours par le chef de l’état et les différents secteurs du pays.

-          Elargir les pourparlers aux autres forces vives du pays pour ainsi convoquer les Etats généraux de la nation

-          Renforcer les pouvoirs de la CENI,

-          Que les hommes et femmes politiques arrêtent d’ethniciser le débat politique Et qu’ils défendent leur programme politique.

Votre dernier mot?

Je tiens à vous remercier de votre professionnalisme, et ose espérer que cette année électorale 2015 en Guinée se déroulera sans violence, et que les hommes et femmes politiques, sauront mettre en avant l’intérêt de la nation au lieu de leur ambition personnelle, car ce peuple a beaucoup souffert. Qu’on soit peulh, malinké, soussou, Guerzé, kissi ou Landouma, nous avons un soubassement commun qui est la ‘’Guinée’’, aimons-là et rendons-là heureuse.

Propos recueillis par Alseny Camara

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