Pour
faire foule en Guinée, il faut remplir l’un des trois critères : être
du terroir, être soutenu par les notables et les jeunes du terroir ou
répondre aux aspirations profondes des populations.
Avant
cette dernière sortie d’Alpha, beaucoup minimisaient en disant que les
réalisations d’infrastructures tape-à-l’œil que le gouvernement a faites
au Fouta ne « transformeront pas le tronc de bois en caïman ». Le
raisonnement est juste, si l’on comparaît les réceptions réservées au
gouvernement et à l‘UDFG, le maître des lieux, où une foule aussi, sinon
plus compacte, avait acclamé la délégation de l’opposition. Le dépit du
pouvoir était perceptible.
Le
doute subsistera toujours et aucun sondage d’opinion ne donnerait la
vraie tendance. Combien de Guinéens ont un, deux ou trois T-shirts de
couleurs différentes, dans un but alimentaire ou sécuritaire ? Être de
telle ou de telle couleur dans certains endroits en certaines
circonstances peut être dangereux. La vraie réalité est donc dans les
urnes, le jour « J », vu la versatilité des hommes confrontés aux
difficultés du quotidien.
Mais
l’étape de Mamou d’Alpha et les discours sans trop de patatras verbaux «
made in Guinea is back » semble avoir porté. Avec des réalisations
inespérées : bâtiments publics, routes et ponts, maintenant de
l’éclairage public et de l’eau, en plus du soutien des hommes du
terroir, Alpha a décroché la timbale pour faire sauter le premier verrou
d’entrée au Fouta, une terre sacrée et consacrée, la plus rebelle et la
plus imprévisible de Guinée. Il ne faut jamais oublier que la
colonisation de la Guinée n’a été complète qu’avec la déportation
d’Alpha Yaya Diallo, en 1911, même si certains historiens-poètes ont
voulu faire rimer la date de l’arrestation de Samory Touré, le 28
septembre 1898, et celle de l’indépendance de la Guinée, le 28 septembre
1958, pour donner rondement 60 ans de colonisation. La Haute-Guinée a
été « pacifiée » longtemps avant le Fouta. A preuve, le chemin de fer
Conakry-Niger n’était-il pas, au départ, celui qui devait rallier le
Mali via le Fouta ? Pourquoi a-t-il été délocalisé, n’est-ce pas les
turbulences au Fouta ? Mais ça n’est pas l’objet de ces propos…
Ceci
dit, le soutien du vieux Biro est déterminant, lui qui s’est retiré de
la politique depuis son clash avec le général Lansana Conté (les deux ne
se s’étaient jamais blairés, au fond…), il vient de refaire surface en
offrant à Alpha Condé la clé de la ville de Mamou, signe de l’adoption.
Un geste fort, et personne se permettra de mettre les faits et gestes de
cet homme en doute. Il émane de lui une intégrité morale qui ne peut
trouver sa pareille que chez Monseigneur Robert Sara, aujourd’hui
cardinal. Biro a dit à Alpha qu’il est venu un peu tard, sinon, la
Guinée était loin.
D’accord
avec Alpha ou pas, les infrastructures qui peuvent faire la fierté sont
bien visibles dans presque tout le Fouta. Ses promesses des
microcrédits pour permettre aux femmes et aux jeunes de s’épanouir dans
tous les domaines, si elles ne sont pas de simples galéjades de
campagne, il a ses entrées dans un terroir qui lui semblait hermétique.
Il ne reste plus qu’à mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut,
sans distinction aucune, pour avoir l’unanimité.

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