Le Journal L'INDEXEUR

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mercredi 17 juin 2015

Mamou, Alpha a fait sauter le premier verrou d’entrée au Fout

Pour faire foule en Guinée, il faut remplir l’un des trois critères : être du terroir, être soutenu par les notables et les jeunes du terroir ou répondre aux aspirations profondes des populations.

Avant cette dernière sortie d’Alpha, beaucoup minimisaient en disant que les réalisations d’infrastructures tape-à-l’œil que le gouvernement a faites au Fouta ne « transformeront pas le tronc de bois en caïman ». Le raisonnement est juste, si l’on comparaît les réceptions réservées au gouvernement et à l‘UDFG, le maître des lieux, où une foule aussi, sinon plus compacte, avait acclamé la délégation de l’opposition. Le dépit du pouvoir était perceptible.

Le doute subsistera toujours et aucun sondage d’opinion ne donnerait la vraie tendance. Combien de Guinéens ont un, deux ou trois T-shirts de couleurs différentes, dans un but alimentaire ou sécuritaire ? Être de telle ou de telle couleur dans certains endroits en certaines circonstances peut être dangereux. La vraie réalité est donc dans les urnes, le jour « J », vu la versatilité des hommes confrontés aux difficultés du quotidien.

Mais l’étape de Mamou d’Alpha et les discours sans trop de patatras verbaux « made in Guinea is back » semble avoir porté. Avec des réalisations inespérées : bâtiments publics, routes et ponts, maintenant de l’éclairage public et de l’eau, en plus du soutien des hommes du terroir, Alpha a décroché la timbale pour faire sauter le premier verrou d’entrée au Fouta, une terre sacrée et consacrée, la plus rebelle et la plus imprévisible de Guinée. Il ne faut jamais oublier que la colonisation de la Guinée n’a été complète qu’avec la déportation d’Alpha Yaya Diallo, en 1911, même si certains historiens-poètes ont voulu faire rimer la date de l’arrestation de Samory Touré, le 28 septembre 1898, et celle de l’indépendance de la Guinée, le 28 septembre 1958, pour donner rondement 60 ans de colonisation. La Haute-Guinée a été « pacifiée » longtemps avant le Fouta. A preuve, le chemin de fer Conakry-Niger n’était-il pas, au départ, celui qui devait rallier le Mali via le Fouta ? Pourquoi a-t-il été délocalisé, n’est-ce pas les turbulences au Fouta ? Mais ça n’est pas l’objet de ces propos…

Ceci dit, le soutien du vieux Biro est déterminant, lui qui s’est retiré de la politique depuis son clash avec le général Lansana Conté (les deux ne se s’étaient jamais blairés, au fond…), il vient de refaire surface en offrant à Alpha Condé la clé de la ville de Mamou, signe de l’adoption. Un geste fort, et personne se permettra de mettre les faits et gestes de cet homme en doute. Il émane de lui une intégrité morale qui ne peut trouver sa pareille que chez Monseigneur Robert Sara, aujourd’hui cardinal. Biro a dit à Alpha qu’il est venu un peu tard, sinon, la Guinée était loin.

D’accord avec Alpha ou pas, les infrastructures qui peuvent faire la fierté sont bien visibles dans presque tout le Fouta. Ses promesses des microcrédits pour permettre aux femmes et aux jeunes de s’épanouir dans tous les domaines, si elles ne sont pas de simples galéjades de campagne, il a ses entrées dans un terroir qui lui semblait hermétique. Il ne reste plus qu’à mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, sans distinction aucune, pour avoir l’unanimité.
  

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