Plaidoyer pour la mise en place d’un impôt sur
les terres agricoles non exploitées ou sous-exploitées
Abidjan,
Côte d’Ivoire, le 17 octobre 2017 –« L’Afrique tient dans la main la clé pour
nourrir les neuf milliards de personnes que compter a cette planète d’ici à 2050
», a affirmé lundi 17 octobre 2017, à Des Moines, aux Etats-Unis, M. Akinwumi Adesina,
président de la Banque africaine de développement et lauréat 2017 du Prix
mondial de l’alimentation, lors de sa conférence Norman Borlaug prononcée à l’occasion de la Journée
mondiale de l’alimentation.
Le
lauréat a également demandé la mise en place d’un impôt foncier sur les terres
agricoles non exploitées ou sous-exploitées afin d’inciter à une commercialisation
plus rapide des produits agricoles et de libérer tout le potentiel agricole en
Afrique.
S’exprimant
lors d’une session intitulée « Parier sur l’Afrique pour nourrir la planète », organisée
lundi 16 octobre devant un auditoire international averti à l’université de l’État
de l’Iowa, à Des Moines, Akinwumi Adesina a expliqué pourquoi, plus que jamais,
le monde devait aider l’Afrique à moderniser rapidement son agriculture et à
libérer tout son potentiel.
« L’Afrique
possède 65 % des terres arables non exploitées de la planète. C’est donc l’agriculture
africaine qui déterminera l’avenir de l’alimentation dans le monde », a-t-il
précisé.
Et le lauréat 2017 du Prix mondial de l’alimentation
d’ajouter : « les agriculteurs africains ont besoin de bien plus qu’une
main secourable. Pour eux, l’urgence majeure est d’obtenir un renouvellement des
politiques».
Il a également souligné l’ampleur des défis
posés par la sécurité alimentaire en Afrique où près de 300 millions de
personnes sont sous-alimentées.
« Il s’agit aussi, a argumenté M.
Adesina, de la seule région du monde où la part de la population confrontée à l’insécurité
alimentaire a progressé ».
Le président de la BAD a rendu vibrant hommage
à Norman Borlaug, à qui cette série de conférences doit son nom, et a rappelé
que pour cette éminente personnalité, aujourd’hui disparue, l’Afrique
représentait l’ultime frontière en matière d’agriculture.
Norman Borlaug,
fondateur du Prix mondial de l’alimentation, avait reçu en 1970 le prix Nobel
de la paix pour les efforts qu’il avait menés, durant toute sa vie, pour
nourrir la planète.
Akinwumi Adesina a estimé que, malgré les
progrès obtenus au niveau mondial en matière de production alimentaire (notamment
en Afrique, en Amérique latine et en Asie), 700 millions de personnes vivent
toujours, sur la planète, dans une extrême pauvreté.
« 800 millions de personnes, a-t-il insisté,
souffrent de famine chronique, 2 milliards de carence en micronutriments et 150
millions d’enfants de moins de cinq ans sont atteints de retard de croissance ».
Selon lui, relever l’immense défi de nourrir
la planète, dont la population atteindra 9 milliards de personnes d’ici à 2050,
passera inéluctablement par une augmentation rapide de la production agricole
mondiale, de la production d’aliments et de bio-nutriments.
« Si M. Borlaug a pu nourrir à lui seul
un milliard de personnes, nous pouvons sans aucun doute en nourrir 800 millions
au niveau mondial et nous pouvons certainement nourrir 300 millions d’Africains.
M. Borlaug serait déçu si nous n’y parvenons pas, avec toutes les
technologies et les innovations à notre disposition, de la révolution génétique
à la révolution des technologies de l’information et de la communication. Nous
ne pourrions pas le regarder en face en lui disant que nous n’y sommes pas
parvenus ».
Akinwumi Adesina a vigoureusement dénoncé la
situation actuelle où l’Afrique dépense chaque année 35 milliards de dollars EU
dans l’importation de produits alimentaires, la jugeant inacceptable.
Selon ses estimations, si la tendance
actuelle se poursuit, l’Afrique devrait dépenser d’ici à 2030 près de 110
milliards de dollars EU dans l’importation de produits alimentaires.
« Il n’y a donc absolument aucune raison,
a-t-il regretté, pour que l’Afrique soit une région importatrice de produits
alimentaires. Notre continent possède un potentiel énorme en matière d’agriculture
mais, comme le disait M. Borlaug, le potentiel ne se mange pas ! »
Libérer ce potentiel doit commencer par les
savanes africaines, qui s’étendent sur « 600 millions d’hectares – un
chiffre ahurissant !, dont 400 millions sont cultivables », a affirmé
Akinwumi Adesina.
« Les
savanes africaines, a-t-il déclaré, sont meilleures que les savanes
brésiliennes parce que leurs sols ne sont pas acides. Elles n’ont, par
conséquent, pas besoin d’apport en fertilisants, ce qui a dû être fait à grande
échelle au Brésil. »
Puis,
le lauréat 2017 du Prix mondial de l’alimentation de poursuivre : «
Pourtant, alors que les savanes brésiliennes nourrissent la planète, celles de
l’Afrique ne peuvent même pas nourrir les agriculteurs africains ».
Il
a encore insisté sur l’apport des technologies, des innovations, de la recherche
et du développement, de la mécanisation, de la modernisation de l’agriculture, des
politiques d’aide ainsi que des investissements considérables dans les
infrastructures dans la transformation des savanes brésiliennes et
nord-thaïlandaises en lieux de référence de l’industrie alimentaire.
Pour transformer son agriculture, l’Afrique
doit prendre la décision de créer de nouveaux systèmes agraires, des systèmes
qui permettent d’intégrer à la fois des petits exploitants et une nouvelle génération
dynamique d’agro entrepreneurs familiaux et industriels.
Le lauréat 2017 du Prix mondial de l’alimentation
a également plaidé en faveur d’une nouvelle politique foncière afin de
favoriser un meilleur accès aux terres pour les petits exploitants et leurs
communautés et de mieux garantir leurs droits fonciers.
« Une des toutes premières priorités doit
être de mécaniser l’agriculture en Afrique », a-t-il encore martelé.
Plus de 1 200 participants venant de près
de 65 pays discuteront de problématiques majeures liées à la sécurité
alimentaire et à la nutrition mondiales au Symposium international du dialogue
de Borlaug, du 18 au 20 octobre 2017.
Pour plus d’informations sur le Prix mondial de l’alimentation/le
dialogue de Borlaug, veuillez vous rendre surwww.afdb.org/2017wfpet www.worldfoodprize.org
Contacts
médias :
Jennifer Patterson, chargée de
communication principale, tél. : +225 75 75 04 58, j.patterson@afdb.org
Emeka Anuforo, chargé de communication, e.anuforo@afdb.org







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