Selon plusieurs témoignages concordants, les assaillants, déterminés et méthodiques, l’interrogent avec insistance sur la localisation de son frère, Aboubacar Camara, journaliste au sein du même média. Les coups pleuvent, traduisant une volonté claire d’intimidation. Les agresseurs prennent ensuite la fuite à bord d’un véhicule 4x4, laissant derrière eux un message implicite : la traque est ciblée.
Quelques heures plus tard, le second acte de cette nuit de violence se déroule à Kaloum, au cœur administratif de la capitale. La rédaction du journal, située à Almamya, est prise d’assaut. Du matériel informatique, des documents de travail et d’autres équipements essentiels sont emportés. Mais pour les responsables du média, le préjudice dépasse largement les pertes matérielles. « Ce n’est pas seulement notre rédaction qui a été attaquée, c’est notre mission d’informer qui a été visée », dénonce la direction.
Derrière cette agression, les regards se tournent vers un contentieux ancien, jamais véritablement apaisé. En mai 2019, L’INDEXEUR publiait un article d’investigation dénonçant les nuisances causées par une usine, suscitant une vive controverse. Le reportage, signé par Aboubacar Camara, avait été salué pour sa rigueur, mais également critiqué pour certains propos jugés sensibles. Depuis, le journaliste affirme avoir fait l’objet de menaces répétées, au point d’être contraint à l’exil pour sa sécurité.
Malgré son départ du territoire, les pressions n’auraient jamais cessé.
Sa famille, restée en Guinée, continuerait de subir intimidations et harcèlement. « Le problème n’a jamais été réglé, il a simplement changé de forme », confie un proche du dossier. Cette persistance des menaces alimente la thèse d’une vengeance différée, révélatrice d’un climat où les conflits liés à l’information ne trouvent pas toujours de résolution légale.
L’affaire intervient dans un contexte déjà tendu entre médias indépendants et centres de pouvoir.
De nombreux journalistes dénoncent une multiplication des pressions, allant des convocations judiciaires aux restrictions d’accès à l’information, en passant par des campagnes de discrédit. Dans cet environnement fragile, l’attaque contre L’Indexeur apparaît comme un signal d’alerte majeur.
Pour les professionnels des médias, cette situation traduit une dérive préoccupante : celle d’un espace médiatique de plus en plus contraint, où la peur s’installe progressivement dans les rédactions.
« Ce qui arrive aujourd’hui est un avertissement pour tous ceux qui refusent de se taire », glisse un journaliste sous anonymat. Une déclaration qui en dit long sur le sentiment d’insécurité qui gagne la profession.
Au-delà du cas individuel d’Aboubacar Camara, c’est toute la liberté de la presse en Guinée qui semble fragilisée. L’impunité entourant ce type d’attaques renforce un climat de défiance et d’inquiétude. Sans réponses judiciaires claires, le risque est grand de voir ces actes se banaliser, installant durablement la loi du silence.
Face à cette situation, L’INDEXEUR appelle les autorités à ouvrir une enquête indépendante et transparente afin d’identifier les auteurs et leurs éventuels commanditaires.
Une exigence largement partagée par les organisations de défense de la presse, qui y voient un test crucial pour l’État de droit. Car au fond, l’enjeu dépasse de loin un seul journal. Toucher un journaliste, c’est fragiliser l’accès à l’information pour toute une société.
Dans un contexte démocratique, la presse ne devrait jamais être une cible, mais un pilier. Et si certains tentent aujourd’hui de la faire taire, nombreux sont ceux qui rappellent que la vérité, elle, finit toujours par trouver son chemin.
Abdoul Karim Bangoura









0 commentaires:
Enregistrer un commentaire